Mes sentiers dans Toulouse : sur les traces des affaires criminelles


C’est le roman noir de la ville rose, les coulisses de l’Histoire, l’envers du décor d’un patrimoine dont on ne cesse de goûter les merveilles. De procès retentissants en exécutions spectaculaires, récit d’une balade insolite qui nous fait voir Toulouse sous un tout autre jour.

Première étape : la cour intérieure du Capitole. Son tapis de galets anthracite est poli par un ballet incessant d’allées et venues. Il s’interrompt à l’endroit où une plaque au sol honore le grand, et néanmoins infortuné, Duc de Montmorency. Celui-ci, gouverneur du Languedoc, eut l’outrecuidance de s’opposer à la politique fiscale de Louis XIII et de lever une armée. Crime de lèse-majesté !

La cour intérieure du Capitole, où le Duc de Montmorency fut exécuté en 1632 à huis clos par crainte d'un soulèvement populaire en sa faveur

La cour intérieure du Capitole, où le Duc de Montmorency fut exécuté en 1632 à huis clos par crainte d’un soulèvement populaire en sa faveur

L’aventure prit fin rapidement et le duc de Montmorency fut jugé à huis clos, à l’endroit même ou nous nous tenons, et non en public comme à l’habitude. On craignait en effet une révolte générale, les Toulousains étant bien capables de vouloir secourir celui qui avait défié le roi de France. Le 30 octobre 1632, la cour du Capitole servit donc, pour la première et dernière fois, à une exécution aussi sommaire que discrète.

La cour intérieure du Capitole. Dotée en 1444 du 1er parlement de province, Toulouse vit coexister 2 pouvoirs : d'un côté la justice royale représentée par le officiers du Parlement et de l'autre, la justice municipale incarnée par les puissants Capitouls.

La cour intérieure du Capitole. Dotée en 1444 du 1er parlement de province, Toulouse vit coexister 2 pouvoirs : d’un côté la justice royale représentée par le officiers du Parlement et de l’autre, la justice municipale incarnée par les puissants Capitouls.

Le Capitole - Un détour pour admirer les peintures de la Salle des Illustres

Toujours au Capitole : grimpons au 1er étage pour admirer les peintures de la Salle des Illustres

Croustillante est l’affaire suivante. Pour rejoindre la scène de crime, il nous faut traverser la place du Capitole, saturée de soleil et d’énergie vitale, en direction de la rue du Taur. Face au splendide clocher-mur de l’église du Taur s’ouvre la rue des Pénitents Gris.

A l'angle de la rue du Taur et de la rue des Pénitents Gris, une scène de crime datant du début du XVIIème siècle (l'affaire Violante Castro)

A l’angle de la rue du Taur et de la rue des Pénitents Gris, une scène de crime datant du début du XVIIème siècle (affaire Violante Castro)

C’est ici que la belle et sulfureuse Violante de Castro fit assassiner vers 1610 son mari avocat par ses deux amants ! La tentative de faire croire à un crime de rodeur échoua. Tous les protagonistes finirent sur l’échafaud. Violante, enceinte, fut cependant autorisée à accoucher avant de rejoindre son Créateur.

Nous retraversons maintenant la place du Capitole, empruntons la rue de la Pomme, un petit bout de la rue Alsace-Lorraine et nous engageons dans la rue du Lieutenant-Colonel Pélissier. Face à l’église Saint-Jérôme, se déploie un bel hôtel particulier dont la façade couleur abricot abrite un grand magasin.

L'ancien hôtel particulier de Jean Duranti, président du Parlement de Toulouse, exécuté place Saint-Georges.

L’ancien hôtel particulier de Jean Duranti, président du Parlement de Toulouse, exécuté place Saint-Georges.

C’était autrefois la demeure d’Etienne Duranti, premier président du Parlement de Toulouse (à partir de 1581). Dans le contexte troublé des guerres de religion, Duranti eut le tort de ne pas faire voter au Parlement la déchéance du roi Henri III : ce dernier était en effet coupable, aux yeux des Toulousains, d’avoir fait assassiner le très catholique Duc de Guise.

Au-dessus du porche de l'hôtel Duranti, une tête d'homme dans une gueule de lion. Presque prémonitoire quand ont connaît le sort de Duranti.

Au-dessus du porche de l’hôtel Duranti, une tête d’homme dans une gueule de lion. Presque prémonitoire quand on connaît le sort de Duranti.

Duranti, catholique lui-même, fut emprisonné dans les geôles de la rue Pargaminières avant d’être livré, un jour de février 1589, à la foule déchaînée. Roué de coups, il fut traîné jusqu’à la place Saint-Georges pour y être exécuté, en passant devant sa propre demeure, là où nous sommes.

Justement, rejoignons la place Saint-Georges. Jadis entourée de grilles, elle était un haut lieu des exécutions publiques. Impensable quand on flâne aujourd’hui sur cette place ronde à l’âme de village, emplie de douceur de vivre et de terrasses de café nonchalantes.

Difficile d'imaginer que la place Saint-Georges, symbole de la douceur de vivre, était autrefois un lieu d'exécutions publiques !

Difficile d’imaginer que la place Saint-Georges était autrefois un lieu d’exécutions publiques !

Et pourtant, sur le dallage de la place, on découvre bel et bien la plaque commémorant le supplice de Jean Calas. En 1761, ce marchand de draps fut accusé d’avoir assassiné son fils dans l’arrière-boutique de la maison familiale située au 50, rue des Filatiers. La conversion du fils au catholicisme aurait été le mobile du père, Protestant. Jean Calas est condamné sans preuve aucune. Le 10 mars 1762, place Saint-Georges, on le soumet au supplice de la roue avant de l’étrangler. Trois ans plus tard, en 1765, grâce à l’intervention de Voltaire, il sera innocenté et réhabilité.

Le dernier acte de la célèbre affaire Calas (XVIIIème sicèle) se déroula place Saint-Georges

Le dernier acte de la célèbre affaire Calas (XVIIIème sicèle) se déroula place Saint-Georges

Pour la dernière affaire, dirigeons-nous vers la rue de Metz, puis continuons rue Boulbonne pour arriver place Saint-Etienne. Là se déroula, en 1619, l’acte ultime de l’affaire Vanini. Drôle de bonhomme que ce Lucilio Vanini, napolitain d’origine, docteur en théologie, philosophe mais aussi grand séducteur, libre penseur et libertin.

L’époque ne pardonna pas à Vanini d’être ce qu’il était. Il fut condamné pour blasphème, impiété, sorcellerie et corruption des mœurs ! Tout cela le mena place Saint-Etienne. Ses cris retentirent, dit-on, dans toute la ville lorsqu’on lui arracha la langue. On le brûla ensuite. Son bûcher constitua le clou des festivités du mariage du Duc de Montmorency qui avait lieu ce même jour. Cruelle ironie du sort, le duc ne connut pas une fin plus enviable, ainsi que nous l’avons vu au début de notre balade.

La place Saint-Etienne, où Lucilio Vanini fut brûlé en 1619 pour impiété, sorcellerie et corruption des moeurs (entre autres).

La place Saint-Etienne, où Lucilio Vanini fut brûlé en 1619 pour impiété, sorcellerie et corruption des moeurs (entre autres).

Sur la place où surgit la cathédrale Saint-Etienne, la plus ancienne fontaine de Toulouse gazouille tranquillement, les pavés laissent rouler le murmure enjoué de la vie citadine, et les jolies façades de brique semblent dire : « Ah passants, si vous saviez … ».


En pratique
> Circuit à faire à pied ou en vélo. Prévoir environ 2h. Pour voir l’itinéraire, cliquez sur la carte ci-dessous :
plan> Découvrez également les visites guidées de l’Office de Tourisme de Toulouse : entre incontournables et insolites, le choix est grand pour des visites à faire entre amis ou en famille. Programme sur www.toulouse-tourisme.com

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